Un freelance peut recouvrer une facture impayée en 3 étapes : relance amiable structurée, mise en demeure LRAR avec pénalités de retard, puis injonction de payer auprès du tribunal de commerce (~ 35 €, sans avocat). L’indemnité forfaitaire de 40 € pour frais de recouvrement est due de plein droit entre professionnels.
Étape 1 : la relance amiable structurée
Avant toute procédure, une relance amiable bien menée suffit dans 70 % des cas à obtenir le paiement :
- J+1 après échéance : email poli rappelant la facture, le montant et la date d’échéance. Joignez la facture en pièce jointe.
- J+7 : appel téléphonique. Identifiez la raison du retard (oubli, litige, difficulté de trésorerie). Proposez un échéancier si nécessaire.
- J+15 : email de relance formel mentionnant les pénalités de retard applicables et l’indemnité forfaitaire de 40 €.
Conseil : conservez une trace écrite de chaque relance (accusés de lecture, notes d’appel datées). Ces éléments prouvent votre bonne foi et vos diligences amiables devant le tribunal.
Entre professionnels (B2B), le délai de paiement légal est de 30 jours à compter de la réception des marchandises ou de l’exécution de la prestation (art. L.441-10 C. com.). Il peut être porté à 45 jours fin de mois ou 60 jours calendaires par convention écrite. Tout délai supérieur est interdit et passible d’une amende administrative de 75 000 € pour une personne physique et 2 millions € pour une personne morale (art. L.441-16 C. com.). La DGCCRF contrôle activement le respect de ces délais et publie régulièrement les sanctions prononcées.
Étape 2 : la mise en demeure LRAR
Si la relance amiable échoue, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Cet acte produit des effets juridiques majeurs :
- Elle fait courir les intérêts de retard (art. 1344-1 C. civ.).
- Elle démontre votre diligence devant le juge.
- Elle ouvre le droit à l’indemnité forfaitaire de 40 € (art. D.441-5 C. com.).
La mise en demeure doit contenir :
- Référence de la facture (numéro, date, montant TTC).
- Date d’échéance dépassée.
- Rappel des pénalités de retard (taux BCE × 10 ou taux contractuel).
- Délai de 8 à 15 jours pour régler.
- Mention de la saisine du tribunal en cas de non-paiement.
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Étape 3 : l’injonction de payer (sans avocat)
Si la mise en demeure reste sans effet, l’injonction de payer est la procédure la plus rapide et la moins coûteuse :
- Tribunal compétent : tribunal de commerce si les deux parties sont commerçantes (art. L.721-3 C. com.), sinon tribunal judiciaire.
- Requête : formulaire Cerfa n° 12948*04 (ou saisine en ligne via infogreffe.fr). Pièces à joindre : facture, contrat/devis accepté, mise en demeure + AR, relances.
- Coût : environ 35 € de greffe (tribunal de commerce). Gratuit au tribunal judiciaire.
- Délai : ordonnance rendue en 3 à 6 semaines sans audience (procédure non contradictoire).
Si le juge fait droit à la requête, l’ordonnance doit être signifiée au débiteur par commissaire de justice (~ 100 €). Le débiteur dispose alors d’1 mois pour former opposition. Sans opposition, l’ordonnance devient un titre exécutoire permettant la saisie (comptes bancaires, meubles, véhicules, créances détenues sur des tiers). En cas d’opposition, l’affaire est portée devant le tribunal compétent pour un débat contradictoire. Dans la pratique, l’opposition reste peu fréquente (environ 15 % des cas) car elle implique des frais de défense et une audience contradictoire où le débiteur devra justifier son refus de payer.
Le cas du micro-entrepreneur et de l’auto-entrepreneur
Le micro-entrepreneur (ex-auto-entrepreneur) bénéficie des mêmes droits et obligations que tout professionnel en matière de recouvrement :
- Facturation obligatoire : les mentions obligatoires (art. L.441-9 C. com.) s’appliquent, y compris les conditions de règlement, le taux de pénalités de retard et la mention de l’indemnité forfaitaire de 40 €.
- TVA : le micro-entrepreneur en franchise de TVA facture en HT. Les pénalités de retard se calculent sur le montant facturé.
- Tribunal compétent : le micro-entrepreneur commercial relève du tribunal de commerce. Le micro-entrepreneur libéral relève du tribunal judiciaire.
Piège fréquent : l’absence de CGV ou de devis signé fragilise considérablement le dossier. Sans CGV, c’est le taux d’intérêt légal (bien moins élevé que le taux BCE × 10) qui s’applique par défaut. Le micro-entrepreneur doit également veiller à ce que ses factures comportent les mentions obligatoires spécifiques à son régime : numéro SIREN, mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » s’il est en franchise, et le délai de paiement convenu. Une facture irrégulière reste valide comme preuve de créance, mais le débiteur peut invoquer le défaut de mentions pour contester les pénalités de retard.
Jurisprudence : quand le freelance gagne
Les tribunaux protègent efficacement les créanciers qui documentent correctement leur créance :
- Cass. com., 20 mai 2014, n° 13-12.244 : un devis signé par le client vaut contrat et fonde une injonction de payer. Même sans contrat formel séparé.
- Cass. com., 3 novembre 2016, n° 15-14.192 : un échange d’emails détaillant la prestation et le prix constitue un accord valable (art. 1113 C. civ.).
- Cass. com., 6 septembre 2016, n° 15-10.591 : le silence du débiteur après réception de la facture vaut acceptation tacite si aucune contestation n’a été élevée dans un délai raisonnable.
- TC Paris, 12 février 2020 : injonction de payer accordée à un développeur freelance sur la base d’un bon de commande numérique et de la preuve de livraison du code source (commit Git horodaté).
La clé : un commencement de preuve écrite (devis, email, bon de commande) + la preuve de l’exécution de la prestation.
Erreurs à éviter pour le freelance
Les freelances et TPE commettent souvent les mêmes erreurs coûteuses :
- Pas de CGV ni de devis signé : sans contrat écrit, la preuve de l’accord repose uniquement sur des emails. Faites signer un devis détaillé avant chaque mission.
- Pas de relance écrite : une relance téléphonique ne laisse aucune trace. Complétez toujours par un email ou un courrier.
- Délai de prescription oublié : l’action en paiement se prescrit par 5 ans en matière commerciale (art. L.110-4 C. com.) et 2 ans contre un consommateur (art. L.218-2 C. cons.).
- Travailler sans acompte : exigez 30 à 50 % d’acompte à la commande. C’est le meilleur moyen de sécuriser votre trésorerie.
- Oublier les mentions légales sur la facture : les mentions de pénalités de retard et d’indemnité forfaitaire de 40 € sont obligatoires (art. L.441-9 C. com.).
Pénalités de retard et indemnité forfaitaire de 40 €
Entre professionnels (B2B), deux mécanismes s’appliquent automatiquement :
- Pénalités de retard (art. L.441-10 C. com.) : le taux minimum est 3 × le taux d’intérêt légal. Les CGV peuvent prévoir un taux supérieur (taux BCE + 10 points est la norme).
- Indemnité forfaitaire de 40 € (art. D.441-5 C. com.) : due de plein droit par facture impayée, sans mise en demeure préalable. Cumulable avec les pénalités de retard.
Taux BCE (4,00 %) + 10 points = 14 %.
Pénalités : 3 000 × 14 % × 60/365 = 69,04 €.
Indemnité forfaitaire : 40 €.
Total dû : 3 000 + 69,04 + 40 = 3 109,04 €.
La DGCCRF peut également sanctionner le débiteur par une amende administrative pouvant atteindre 2 millions € pour les retards de paiement répétés (art. L.441-16 C. com.).
Alternatives : médiation et procédure simplifiée
Deux voies complémentaires méritent attention :
- Le Médiateur des entreprises : service gratuit de l’État (mediateur-des-entreprises.fr). Il intervient entre une TPE/PME et un grand donneur d’ordre. Délai moyen : 3 mois. Taux de résolution : environ 75 %. Particulièrement efficace face aux grandes entreprises et aux administrations.
- La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances : pour les créances ≤ 5 000 €, un commissaire de justice peut délivrer un titre exécutoire sans passer par le juge (art. L.125-1 CPCE). Le créancier dépose sa demande en ligne. Le commissaire contacte le débiteur, qui dispose de 1 mois pour accepter ou refuser. En cas d’accord, le titre est émis. Coût : environ 25 à 50 € HT.
Ces deux voies sont particulièrement adaptées aux freelances qui n’ont ni le temps ni le budget pour une procédure classique. Pour les créances supérieures à 5 000 €, l’injonction de payer reste la voie la plus efficace. Au-delà de 10 000 €, l’assistance d’un avocat devient obligatoire devant le tribunal judiciaire (mais pas devant le tribunal de commerce). Enfin, n’oubliez pas que l’assurance protection juridique, souvent incluse dans l’assurance RC pro, peut couvrir les frais de recouvrement : vérifiez votre contrat avant d’engager des dépenses.
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Avertissement : Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Chaque situation est unique — consultez un avocat ou un professionnel du droit pour un avis adapté à votre cas.
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