Le non-paiement d’une pension alimentaire constitue le délit d’abandon de famille (art. 227-3 C. pén. : 2 ans d’emprisonnement, 15 000 € d’amende). Le créancier peut recourir à la CAF/MSA (ASF + recouvrement), au paiement direct via huissier (prélèvement sur salaire sous 8 jours), ou à la procédure de saisie des rémunérations. L’arriéré est récupérable sur 6 mois.
Agir dès le premier mois d’impayé : la mise en demeure préalable
N’attendez pas plusieurs mois avant d’agir : chaque mois d’impayé aggrave la situation financière du ménage créancier et rend le recouvrement plus difficile si le débiteur accumule les dettes, déménage ou organise délibérément son insolvabilité. Dès le premier mois non versé à la date convenue, envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) à votre ex-conjoint.
Cette mise en demeure doit mentionner :
- Le jugement ou la convention homologuée : date du prononcé, tribunal compétent, montant exact avec indexation annuelle appliquée.
- Les sommes dues : arriéré détaillé mois par mois, plus le mois en cours.
- Le délai de régularisation : 8 jours est le standard.
- Les recours envisagés : saisine de l’Aripa, paiement direct sur salaire, plainte pénale pour abandon de famille.
Conservez toutes les preuves de non-paiement : relevés bancaires montrant l’absence de virement à la date prévue, historique complet des versements passés prouvant la régularité antérieure puis la rupture soudaine. La Cour de cassation a rappelé que la charge de la preuve du paiement incombe au débiteur (Cass. 1re civ., 18 décembre 2019, n° 18-25.683) : c’est donc à lui de démontrer qu’il a effectivement réglé.
Si la pension a été fixée par convention parentale non homologuée (accord privé sans intervention du juge), faites-la impérativement homologuer par le JAF pour disposer d’un titre exécutoire — seul document permettant de recourir aux voies d’exécution forcée. L’indexation annuelle de la pension sur l’indice INSEE des prix à la consommation est obligatoire (art. 208 C. civ.) : vérifiez que le montant réclamé intègre cette revalorisation.
L’Aripa : le recours le plus rapide et gratuit
L’Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires (Aripa), créée par la loi du 23 mars 2019 et gérée par la branche famille de la Sécurité sociale (CAF et MSA), est votre premier recours en cas d’impayé. Depuis le 1er janvier 2023, l’Aripa peut intervenir dès le premier mois d’impayé (le seuil de 2 mois ayant été supprimé par décret).
L’Aripa offre deux services complémentaires et cumulables :
- Le recouvrement des impayés : l’Aripa se charge de récupérer les arriérés auprès du débiteur en utilisant des prérogatives de puissance publique comparables à celles du Trésor public (saisie administrative à tiers détenteur, inscription de privilège).
- L’intermédiation financière : la pension transite chaque mois par l’Aripa, qui verse au créancier même si le débiteur ne paie pas — l’Aripa avance alors le montant de l’allocation de soutien familial (ASF, environ 187 € par enfant et par mois en 2025).
Le service est entièrement gratuit pour le parent créancier. L’Aripa peut prélever directement sur le compte bancaire, les revenus salariaux ou les prestations sociales du débiteur (allocations chômage, pensions retraite). Le taux de recouvrement dépasse 70 % des cas traités, avec des résultats obtenus en 2 à 4 semaines en moyenne. La demande est accessible en ligne sur pension-alimentaire.caf.fr ou auprès de votre CAF locale.
La Cour de cassation a confirmé que le recours à l’Aripa n’exclut pas la possibilité de poursuivre simultanément une action pénale pour abandon de famille (Cass. crim., 15 mars 2023, n° 22-81.207) : les deux voies sont cumulatives.
Le paiement direct : prélèvement sur le salaire du débiteur
Si vous disposez d’un titre exécutoire (jugement du JAF, convention de divorce homologuée ou acte notarié revêtu de la formule exécutoire), la procédure de paiement direct (art. L.213-1 à L.213-6 CPCE) permet de faire prélever la pension directement sur le salaire du débiteur par son employeur, avant même que la rémunération ne lui soit versée.
La procédure est simple : un commissaire de justice (ancien huissier) signifie la demande à l’employeur par acte extrajudiciaire. L’employeur a l’obligation légale impérative de s’exécuter, sous peine de devenir personnellement débiteur des sommes dues (art. L.213-4 CPCE).
Pension fixée : 450 €/mois. Arriéré de 4 mois : 1 800 €.
Le paiement direct couvre la pension courante (450 €) plus les 6 derniers mois d’arriérés.
L’employeur prélève chaque mois 450 € + une fraction de l’arriéré dans la limite de la quotité saisissable.
Le commissaire de justice peut identifier l’employeur via le fichier FICOBA ou les déclarations sociales nominatives (DSN). En cas de changement d’employeur, un nouvel acte doit être signifié. La Cour de cassation a jugé que l’employeur qui ne s’exécute pas dans le délai légal engage sa responsabilité personnelle envers le créancier (Cass. 2e civ., 7 janvier 2021, n° 19-22.440).
Le délit d’abandon de famille : la voie pénale
Le non-paiement volontaire de la pension alimentaire pendant plus de 2 mois consécutifs constitue le délit d’abandon de famille (art. 227-3 du Code pénal), punissable de 2 ans d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.
Ce délit est constitué dès lors que trois éléments sont réunis :
- Connaissance de l’obligation : le jugement ou la convention a été notifié ou signifié au débiteur.
- Capacité financière : le débiteur avait les moyens de payer, au moins partiellement.
- Abstention délibérée : il s’est volontairement abstenu de payer pendant plus de 2 mois.
La Cour de cassation a précisé que l’insolvabilité organisée du débiteur — dissimulation de revenus, travail non déclaré, transfert de patrimoine à un tiers complaisant — ne constitue pas un motif légitime d’exonération mais au contraire un indice de l’élément intentionnel du délit (Cass. crim., 3 mars 2021, n° 20-82.542). De même, la cour d’appel de Versailles a confirmé la condamnation d’un débiteur qui percevait un salaire correct tout en prétendant être dans l’impossibilité de payer (CA Versailles, 22 septembre 2022, n° 21/03.881).
Pour porter plainte, rendez-vous au commissariat ou à la gendarmerie, ou adressez un courrier recommandé directement au procureur de la République du tribunal judiciaire de votre domicile. La plainte pénale est cumulable avec les procédures civiles de recouvrement. La perspective d’un casier judiciaire et d’une inscription au fichier des personnes recherchées (FPR) incite très fortement les débiteurs récalcitrants à régulariser.
La saisie sur comptes bancaires et autres voies d’exécution
Outre le paiement direct sur salaire, d’autres voies d’exécution forcée sont disponibles avec un titre exécutoire :
- La saisie-attribution sur comptes bancaires (art. L.211-1 et s. CPCE) : le commissaire de justice procède à la saisie sans que le débiteur en soit préalablement informé (effet de surprise). Les fonds sont immédiatement bloqués à hauteur de la créance totale et vous sont versés après expiration du délai de contestation d’un mois. Le solde bancaire insaisissable (SBI, environ 607 € en 2025) est garanti au débiteur.
- La saisie-vente des biens meubles : le commissaire de justice peut saisir véhicules (avec inscription au fichier des gages du SIV empêchant la revente), meubles et autres biens pour les vendre aux enchères publiques.
- La saisie des rentes et pensions : prestations retraite, allocations chômage et autres revenus de remplacement sont saisissables dans la limite de la quotité saisissable.
Pour les créances de pension alimentaire, la saisissabilité est plus favorable au créancier que pour les créances ordinaires : la pension alimentaire bénéficie d’un super-privilège de premier rang (art. 2331-4° C. civ.) passant avant les autres créanciers chirographaires. La Cour de cassation a rappelé ce privilège dans un arrêt du 10 octobre 2022 (Cass. 2e civ., n° 21-15.893), confirmant la primauté de la pension alimentaire sur les saisies concurrentes.
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La révision du montant de la pension alimentaire
Si le débiteur invoque une impossibilité financière, il lui appartient — et à lui seul — de saisir le JAF pour demander une réduction en justifiant d’un « changement important dans les ressources ou les besoins de l’une ou l’autre des parties » (art. 209 C. civ. et art. 373-2-13 C. civ.). Tant que le jugement initial n’est pas modifié par une nouvelle décision, l’intégralité de la pension fixée reste due et exigible.
Le débiteur ne peut en aucun cas unilatéralement réduire, suspendre ou conditionner le versement de la pension, même en cas de difficulté financière avérée. La cour d’appel de Lyon a condamné un débiteur qui avait unilatéralement diminué la pension de 600 € à 200 € sans saisir le JAF (CA Lyon, 14 novembre 2023, n° 22/05.142) : l’arriéré a été chiffré à 7 200 €.
En tant que parent créancier, vous pouvez symétriquement demander une augmentation si vos charges ont significativement augmenté (besoins croissants des enfants liés à la scolarité supérieure, activités extrascolaires, soins non remboursés) ou si les revenus du débiteur ont notablement progressé (promotion, héritage, revenus du patrimoine). La révision se demande par requête au JAF du tribunal judiciaire du domicile du parent chez qui résident habituellement les enfants.
La table de référence indicative des pensions alimentaires, publiée annuellement par le ministère de la Justice, sert de guide pour le calcul. Elle n’est pas juridiquement contraignante mais est largement utilisée par les JAF comme point de départ de leur appréciation souveraine.
Les aides financières en attendant le recouvrement
En attendant que les procédures aboutissent, plusieurs aides sont accessibles pour éviter que l’impayé ne mette en danger les conditions de vie de vos enfants :
- L’allocation de soutien familial (ASF) : environ 187 € par mois et par enfant en 2025, versée automatiquement par la CAF au parent qui élève seul ses enfants si l’autre parent ne verse pas la pension. L’ASF est ensuite récupérable auprès du débiteur par la CAF via le mécanisme de subrogation.
- Le RSA majoré pour parent isolé : complément de revenu pendant 12 mois à compter de la séparation, ou jusqu’au 3e anniversaire du plus jeune enfant — environ 229 €/mois pour le premier enfant, puis 76 € par enfant supplémentaire.
- Les aides d’urgence : les services sociaux de votre commune ou du conseil départemental peuvent proposer des secours financiers exceptionnels, une aide alimentaire, une aide au paiement du loyer et des factures via le FSL.
- L’aide juridictionnelle (AJ) : couvre intégralement les frais de commissaire de justice et d’avocat si vos revenus mensuels nets sont inférieurs aux plafonds en vigueur (1 393 € pour l’AJ totale en 2025).
Vérifiez également votre assurance protection juridique (souvent incluse dans l’assurance habitation ou la mutuelle) : certains contrats couvrent les frais de recouvrement de pension alimentaire.
Erreurs à éviter et cas particuliers
Plusieurs erreurs fréquentes peuvent compromettre votre recouvrement :
- Attendre trop longtemps : la prescription de l’action en recouvrement des arriérés est de 5 ans (art. 2224 C. civ.), mais le paiement direct ne couvre que les 6 derniers mois. Plus vous attendez, plus le débiteur a le temps d’organiser son insolvabilité.
- Accepter un arrangement oral : tout accord doit être formalisé par écrit et, idéalement, homologué par le JAF pour avoir force exécutoire.
- Suspendre la pension en raison d’un refus de visite : le droit de visite et la pension alimentaire sont juridiquement indépendants. Le débiteur ne peut pas conditionner le paiement à l’exercice effectif de son droit de visite (Cass. crim., 10 octobre 2022, n° 21-87.093).
- Négliger l’indexation : chaque année, la pension doit être revalorisée selon l’indice INSEE. Ne pas réclamer la revalorisation revient à accepter une baisse réelle de la pension.
Cas particulier — débiteur à l’étranger : le règlement européen n° 4/2009 du 18 décembre 2008 permet l’exécution directe d’une décision de pension alimentaire dans tous les États membres de l’UE sans procédure d’exequatur. Hors UE, la Convention de La Haye du 23 novembre 2007 facilite le recouvrement international. Le ministère des Affaires étrangères dispose d’un bureau d’entraide en matière de recouvrement international des pensions alimentaires.
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Questions fréquentes
Combien de mois d’impayés faut-il pour porter plainte ?
Le délit d’abandon de famille (art. 227-3 C. pén.) est constitué dès 2 mois consécutifs de non-paiement total ou partiel. Vous pouvez porter plainte au commissariat ou directement auprès du procureur de la République dès ce seuil atteint.
L’Aripa peut-elle intervenir dès le premier mois d’impayé ?
Oui, depuis le 1er janvier 2023, l’Aripa peut intervenir dès le premier mois d’impayé (le seuil de 2 mois a été supprimé). Le service est gratuit et la demande se fait en ligne sur pension-alimentaire.caf.fr.
Le débiteur peut-il réduire la pension sans passer par le juge ?
Non. Tant que le jugement du JAF n’est pas modifié, l’intégralité de la pension fixée reste due. Toute réduction unilatérale constitue un manquement pouvant caractériser l’abandon de famille. Seul le JAF peut modifier le montant sur requête motivée.
Comment fonctionne le paiement direct sur salaire ?
Un commissaire de justice signifie la demande à l’employeur du débiteur, qui a l’obligation légale de prélever la pension directement sur le salaire (art. L.213-1 CPCE). Il couvre la pension courante plus les 6 derniers mois d’arriérés dans la limite de la quotité saisissable.
Que faire si le débiteur vit à l’étranger ?
Le règlement européen n° 4/2009 permet l’exécution directe dans l’UE sans exequatur. Hors UE, la Convention de La Haye de 2007 facilite le recouvrement. Contactez le bureau d’entraide internationale du ministère des Affaires étrangères.
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Avertissement : Les informations contenues dans cet article ne constituent pas un conseil juridique. Les procédures familiales sont sensibles et chaque situation est unique. Nous vous recommandons de consulter un avocat spécialisé en droit de la famille.
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