Le professionnel doit livrer dans le délai convenu ou sous 30 jours maximum (art. L.216-1 C. cons.). En cas de retard, le consommateur envoie une mise en demeure fixant un délai raisonnable. Sans livraison, il peut résoudre la vente et obtenir un remboursement intégral sous 14 jours (art. L.216-3). Des dommages-intérêts complémentaires sont possibles.
L’obligation de livraison dans le délai convenu (article L.216-1 C. cons.)
L’article L.216-1 du Code de la consommation impose au professionnel de livrer le bien ou de fournir le service à la date ou dans le délai indiqué au consommateur. Cette date doit être communiquée avant la conclusion du contrat (obligation d’information précontractuelle de l’art. L.111-1 C. cons.).
À défaut de date expressément convenue, le professionnel doit livrer « sans retard injustifié et au plus tard trente jours après la conclusion du contrat » (art. L.216-1 al. 2). Ce délai supplétif de 30 jours constitue un filet de sécurité pour le consommateur qui n’a pas obtenu d’engagement précis.
La date de livraison est une obligation de résultat : le professionnel ne peut pas s’exonérer en invoquant un cas de force majeure du transporteur, sauf circonstances exceptionnelles strictement définies. La Cour de cassation a jugé que la mention « livraison sous 4 à 6 semaines » constitue un engagement ferme et non une simple indication (Cass. civ. 1re, 16 janvier 2013, n° 12-13.022).
Ces dispositions s’appliquent à tous les contrats entre un professionnel et un consommateur (magasin, en ligne, téléphone, catalogue). Les contrats entre particuliers (ventes d’occasion) relèvent du droit commun de la vente (art. 1610 C. civ.) et non du Code de la consommation.
La mise en demeure de livrer (article L.216-2 C. cons.)
En cas de dépassement du délai de livraison, le consommateur doit d’abord mettre en demeure le professionnel de livrer dans un « délai supplémentaire raisonnable » (art. L.216-2 C. cons.). Cette mise en demeure est un préalable obligatoire avant toute résolution du contrat, sauf lorsque la date de livraison constituait une condition essentielle du contrat (cadeau d’anniversaire, commande pour un événement daté).
La mise en demeure doit être envoyée par tout moyen permettant d’en prouver la réception : LRAR de préférence, mais l’email avec accusé de lecture est également recevable. Elle doit mentionner :
- Date de commande et référence du produit.
- Délai de livraison initialement convenu et constat du dépassement.
- Nouveau délai accordé (généralement 8 à 15 jours supplémentaires).
Le délai « raisonnable » n’est pas défini par la loi. La jurisprudence considère qu’il dépend de la nature du bien : pour un meuble sur mesure, 15 jours est raisonnable ; pour un produit standard en stock, 8 jours suffisent. La Commission des clauses abusives recommande un délai proportionné au délai initial (recommandation n° 2014-02).
Si le professionnel ne livre pas dans ce délai supplémentaire, le consommateur peut résoudre le contrat de plein droit. La mise en demeure constitue également le point de départ des éventuelles pénalités de retard contractuelles.
La résolution du contrat et le remboursement sous 14 jours (art. L.216-3)
Si le professionnel ne livre pas dans le délai supplémentaire, le consommateur peut résoudre le contrat par lettre recommandée ou par écrit sur un support durable (art. L.216-2 al. 2 C. cons.). La résolution prend effet à la date de réception de la lettre.
L’article L.216-3 impose alors au professionnel de rembourser le consommateur de la totalité des sommes versées (prix du bien + frais de livraison) dans un délai maximal de 14 jours suivant la date de résolution.
Jusqu’à 30 jours après la résolution : + 3,3 %. De 31 à 60 jours : + 5 %. De 61 à 90 jours : + 10 %. Au-delà de 90 jours : + 50 %. Ces pénalités progressives sont un puissant levier pour obtenir un remboursement rapide.
Le professionnel ne peut pas conditionner le remboursement à la restitution préalable du bien si celui-ci n’a jamais été livré. En cas de livraison partielle, le consommateur peut exiger soit la livraison du complément, soit la résolution totale du contrat. Le remboursement doit être effectué en utilisant le même moyen de paiement que celui utilisé par le consommateur (art. L.216-3 al. 2), sauf accord express pour un autre mode.
Pénalités de retard et clauses contractuelles
En sus du droit à la résolution et au remboursement, le consommateur peut réclamer des pénalités de retard lorsque le contrat en prévoit. De nombreuses CGV stipulent des pénalités journalières (typiquement 0,5 % à 1 % du prix par jour de retard, plafonnées à 10 % ou 15 % du prix total). Ces clauses sont valables dès lors qu’elles ne sont pas abusives (art. L.212-1 C. cons.).
À l’inverse, certaines clauses sont réputées non écrites car abusives :
- Clauses exonératoires : exonérant totalement le professionnel de toute responsabilité en cas de retard (Commission des clauses abusives, recommandation n° 2007-02).
- Indemnisation en avoir : clauses limitant l’indemnisation à un avoir ou bon d’achat au lieu d’un remboursement en numéraire (TJ Paris, 6 mars 2019, n° 17/14527).
Le professionnel ne peut pas imposer un avoir, un bon d’achat ou un échange à la place du remboursement en numéraire. Exigez votre dû. Démarrer mon dossier de remboursement →
En l’absence de clause contractuelle, le consommateur peut réclamer des dommages-intérêts sur le fondement de l’article 1231-1 du Code civil (responsabilité contractuelle) pour tout préjudice résultant directement du retard : frais de location d’un bien de remplacement, surcoût d’achat en urgence, préjudice de jouissance. Le préjudice moral (désagrément, perte de temps) est indemnisable mais les montants restent modestes (100 à 500 € en pratique).
Dommages-intérêts complémentaires et recours effectifs
Au-delà des pénalités de retard, le consommateur peut engager la responsabilité contractuelle du professionnel pour obtenir la réparation intégrale du préjudice subi. L’article 1231-1 du Code civil impose le paiement de dommages-intérêts en cas d’inexécution ou de retard. Le préjudice indemnisable comprend la perte subie (damnum emergens) et le gain manqué (lucrum cessans), à condition qu’il soit direct, certain et prévisible (art. 1231-3 C. civ.).
Exemples concrets :
- Surcoût d’un achat de remplacement : réfrigérateur acheté en urgence à un prix supérieur → différence de prix réclamable.
- Perte de denrées périssables : faute de livraison de l’électroménager → perte chiffrable.
- Arrêt de production : pour une entreprise, faute de livraison d’une machine → marge perdue.
Voies de recours disponibles :
- Litiges ≤ 5 000 € : juge des contentieux de la protection (JCP, saisine simple et peu coûteuse).
- Litiges 5 001 – 10 000 € : tribunal judiciaire, représentation par avocat non obligatoire.
- Médiation de la consommation (art. L.612-1 C. cons.) : préalable recommandé, gratuit, durée moyenne 90 jours. Le professionnel est tenu d’adhérer à un médiateur sectoriel.
- SignalConso (DGCCRF) : signalement du professionnel défaillant sur la plateforme officielle.
Achat en ligne et protection européenne (directive 2011/83/UE)
Les achats en ligne bénéficient d’une couche de protection supplémentaire issue de la directive 2011/83/UE relative aux droits des consommateurs, transposée aux articles L.221-1 et suivants du Code de la consommation :
- Information précontractuelle (art. L.221-5, 3°) : le professionnel doit informer clairement le consommateur de la date ou du délai de livraison avant la commande.
- Bouton de commande (art. L.221-14) : doit porter la mention « commande avec obligation de paiement » ou une formule non équivoque.
- Droit de rétractation : 14 jours à compter de la réception effective du bien (art. L.221-18), cumulable avec la résolution pour retard.
- Risques du transport (art. L.216-4 C. cons.) : en cas de perte ou d’endommagement pendant la livraison, c’est le vendeur — et non le transporteur — qui est responsable vis-à-vis du consommateur.
Pour les achats transfrontaliers au sein de l’UE, le règlement (CE) n° 593/2008 (Rome I) garantit l’application de la loi du pays de résidence du consommateur, y compris les dispositions protectrices du Code de la consommation français. Le réseau des Centres européens des consommateurs (CEC) offre une assistance gratuite pour les litiges transfrontaliers. La plateforme européenne de règlement en ligne des litiges (RLL) permet de saisir un médiateur agréé dans tout État membre.
Erreurs à éviter et conseils pratiques
Plusieurs erreurs compromettent fréquemment les chances du consommateur de faire valoir ses droits :
- Ne pas conserver la preuve de la date de livraison convenue : conservez systématiquement le bon de commande, la confirmation email, les CGV et les captures d’écran du site (date de livraison affichée au moment de la commande).
- Accepter un avoir au lieu d’un remboursement : le professionnel ne peut pas imposer un avoir, un bon d’achat ou un échange en cas de résolution (art. L.216-3 C. cons.).
- Oublier la mise en demeure préalable : sans mise en demeure fixant un délai supplémentaire, la résolution du contrat peut être contestée par le professionnel (sauf si la date était essentielle).
- Payer par virement sans recours : privilégiez le paiement par carte bancaire, qui ouvre droit à la procédure de chargeback (rétrofacturation) en cas de non-livraison. Contactez votre banque dans les 13 mois suivant le débit (art. L.133-24 du Code monétaire et financier).
- Attendre trop longtemps : le délai de prescription est de 2 ans à compter du jour où vous avez eu connaissance du manquement (art. L.218-2 C. cons.).
Pour les commandes en ligne, vérifiez que le site du professionnel mentionne les coordonnées d’un médiateur de la consommation (obligation légale depuis le 1er janvier 2016). Signalez les pratiques abusives sur SignalConso.gouv.fr.
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Avertissement : Cet article est publié à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Les règles du droit de la consommation peuvent varier selon votre situation. Pour un avis adapté, consultez un avocat ou une association de consommateurs.
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