Droit commercial

Indemnité d'éviction du fonds de commerce : calcul, composantes et recours

Le statut des baux commerciaux, codifié aux articles L. 145-1 et suivants du Code de commerce, garantit au locataire commerçant un droit au renouvellement de son bail. Lorsque le bailleur refuse ce renouvellement sans pouvoir invoquer un motif grave et légitime, il est tenu de verser une indemnité d'éviction pouvant atteindre la valeur intégrale du fonds de commerce. Prévue à l'article L. 145-14, cette indemnité protège la « propriété commerciale » du preneur et compense la perte de son outil de travail. Son évaluation, source de contentieux nourris devant les juridictions civiles et consulaires, mobilise des méthodes d'expertise combinant usages professionnels, données comptables et appréciation souveraine des juges du fond. Cet article détaille le régime juridique complet de l'indemnité d'éviction applicable en 2026 : fondements textuels, conditions d'ouverture, méthodes de calcul, composantes, droit au maintien dans les lieux et exceptions.

9 min de lecture Niveau intermediaire MAJ 2026-04-24 France · droit civil
TG
Auteur
Thomas Gayon
SL
Validé par
Me Sandy Lacroix, Avocate

En bref

Le bailleur qui refuse le renouvellement d'un bail commercial doit verser une indemnité d'éviction couvrant la valeur du fonds. Le preneur reste dans les lieux jusqu'au paiement intégral.

Fondement juridique et principes directeurs

Texte de loi

Art. L145-14 C. com.

« Le bailleur doit payer au locataire évincé une indemnité égale au préjudice causé par le défaut de renouvellement. Cette indemnité comprend notamment la valeur marchande du fonds de commerce, déterminée suivant les usages de la profession, augmentée des frais de déménagement et de réinstallation. »

Source : Légifrance — version consolidée

Conditions d'ouverture du droit à indemnité

Texte de loi

Art. L145-25 C. com.

« Le propriétaire qui est vendeur du fonds de commerce exploité dans les lieux et a reçu le prix intégral ne peut refuser le renouvellement qu'à la charge de payer l'indemnité d'éviction prévue à l'article L. 145-14, sauf motif grave et légitime. »

Source : Légifrance — version consolidée

À éviter

Nullité du congé pour vice de forme

Un congé omettant les motifs du refus de renouvellement ou l'offre d'indemnité d'éviction encourt la nullité. Vérifiez systématiquement la régularité formelle de l'acte extrajudiciaire reçu avant d'engager toute discussion sur le montant.

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Méthodes d'évaluation : remplacement ou déplacement

Jurisprudence

Cass. com., 6 mai 1965, n° 61-13.070

« La chambre commerciale a validé la réduction de l'indemnité d'éviction lorsque les résultats d'exploitation du fonds étaient durablement déficitaires, confirmant que l'indemnité compense un préjudice réel et non une valeur théorique. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Bon à savoir

Sollicitez une expertise amiable préalable

Mandater un expert-comptable ou un évaluateur de fonds de commerce avant toute assignation permet de disposer d'une estimation solide, de réduire les délais judiciaires et de faciliter une négociation transactionnelle.

Composantes : indemnité principale et accessoires

Jurisprudence

Cass. com., 23 juin 1987, n° 86-10.623

« L'octroi d'un bail à un tiers par le propriétaire après éviction ne peut être assimilé à une cession de droit au bail. Les droits d'enregistrement de l'article 725 du CGI ne s'appliquent pas au montant de l'indemnité d'éviction. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Bon à savoir

Documentez chaque poste de préjudice accessoire

Conservez factures de déménagement, devis de travaux, attestations comptables de perte de chiffre d'affaires et justificatifs de licenciement. Le juge écarte systématiquement les postes non étayés par des pièces probantes.

Droit au maintien dans les lieux et délai de restitution

Texte de loi

Art. L145-29 C. com.

« En cas d'éviction, les lieux doivent être remis au bailleur dans un délai de trois mois suivant la date du versement de l'indemnité d'éviction au locataire ou la notification du versement à un séquestre. »

Source : Légifrance — version consolidée

Jurisprudence

Cass. com., 4 janvier 2005, n° 03-10.284

« Aucun locataire pouvant prétendre à une indemnité d'éviction ne peut être obligé de quitter les lieux avant de l'avoir reçue. Ce droit au maintien est opposable même en cas de liquidation judiciaire du bailleur. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Exceptions, droit de repentir et incidences fiscales

À éviter

Délai de repentir : quinze jours impératifs

Le bailleur souhaitant exercer son droit de repentir dispose d'un délai strict de quinze jours après le caractère définitif de la décision fixant l'indemnité. Passé ce terme, il est irrémédiablement tenu au paiement intégral.

Bon à savoir

Anticipez les incidences fiscales dans la négociation

L'indemnité est imposable pour le preneur et déductible pour le bailleur. Intégrez cette asymétrie fiscale dans votre stratégie de négociation pour optimiser le montant net effectivement perçu après impôt.

Questions fréquentes

Comment est calculée l'indemnité d'éviction d'un bail commercial ?

L'indemnité est évaluée en fonction du préjudice réel causé par le défaut de renouvellement. Elle comprend la valeur marchande du fonds, calculée selon le chiffre d'affaires, le bénéfice ou par comparaison avec des transactions similaires, augmentée des frais accessoires de déménagement, de réinstallation et de trouble commercial.

Le locataire peut-il rester dans les lieux après le refus de renouvellement ?

Oui. L'article L. 145-28 du Code de commerce garantit au preneur un droit au maintien dans les lieux aux conditions du bail expiré tant que l'indemnité d'éviction ne lui a pas été intégralement versée. Ce droit est d'ordre public et opposable même en cas de procédure collective du bailleur.

Le bailleur peut-il revenir sur son refus de renouvellement du bail ?

Le bailleur dispose d'un droit de repentir prévu à l'article L. 145-58, qu'il peut exercer dans les quinze jours suivant le caractère définitif de la décision fixant l'indemnité. Il accepte alors le renouvellement du bail et n'est plus tenu de verser l'indemnité d'éviction.

L'indemnité d'éviction perçue par le locataire est-elle soumise à l'impôt ?

L'indemnité constitue un revenu imposable pour le preneur au titre des BIC ou de l'impôt sur les sociétés. Le régime des plus-values professionnelles à long terme peut s'appliquer si le fonds est détenu depuis plus de deux ans. Pour le bailleur, la somme versée est déductible des revenus fonciers.

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Avertissement : Cet article a une vocation informative. La législation droit commercial varie selon les circonstances de chaque situation. Nous vous recommandons de consulter un avocat spécialisé pour une analyse de votre situation.

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Thomas Gayon

Fondateur de DossierJuridique.fr. Passionné de LegalTech, il automatise la rédaction de documents juridiques pour les litiges droit commercial. Découvrir le parcours de Thomas Gayon →