Droit commercial

Conflit d'intérêts du dirigeant : cadre légal, sanctions et prévention

Le conflit d'intérêts du dirigeant constitue l'une des problématiques les plus sensibles du droit des sociétés commerciales. Il survient lorsque l'intérêt personnel du mandataire social — administrateur, gérant, président ou directeur général — entre en contradiction avec l'intérêt de la société qu'il dirige. Le législateur français a construit un dispositif articulé autour de trois piliers : le régime préventif des conventions réglementées, l'interdiction absolue de certaines opérations et un arsenal de sanctions civiles et pénales. La jurisprudence de la Cour de cassation a considérablement enrichi ce cadre en consacrant un devoir général de loyauté pesant sur le mandataire social. Ce guide détaille le régime applicable en 2026, des mécanismes de contrôle aux conséquences contentieuses, afin de permettre aux dirigeants, associés et actionnaires de maîtriser les enjeux juridiques de ces situations à risque.

8 min de lecture Niveau intermediaire MAJ 2026-04-24 France · droit civil
TG
Auteur
Thomas Gayon
SL
Validé par
Me Sandy Lacroix, Avocate

En bref

Le dirigeant en conflit d'intérêts doit soumettre les conventions à autorisation préalable. À défaut, il risque la nullité des actes, la responsabilité civile et des poursuites pénales pour abus de biens sociaux.

Notion et périmètre du conflit d'intérêts du dirigeant

Texte de loi

Art. L225-38 C. com.

« Toute convention intervenant directement ou par personne interposée entre la société et son directeur général, l'un de ses administrateurs ou un actionnaire disposant de plus de 10 % des droits de vote doit être soumise à l'autorisation préalable du conseil d'administration. »

Source : Code de commerce — article consolidé

Le dispositif des conventions réglementées et interdites

Texte de loi

Art. L225-43 C. com.

« À peine de nullité du contrat, il est interdit aux administrateurs personnes physiques de contracter des emprunts auprès de la société, de se faire consentir un découvert ou d'obtenir que la société cautionne ou avalise leurs engagements envers les tiers. »

Source : Code de commerce — article consolidé

À éviter

Omission de la déclaration d'intérêt au conseil

Le dirigeant qui omet de déclarer son intérêt personnel avant la délibération du conseil expose la convention au risque de nullité et engage sa responsabilité personnelle, même si l'opération est objectivement favorable à la société.

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Le devoir de loyauté : une construction prétorienne fondamentale

Jurisprudence

Cass. com., 27 février 1996, n° 94-11.241 (arrêt Vilgrain)

« Arrêt fondateur du devoir de loyauté : le mandataire social qui intervient dans une cession d'actions doit informer loyalement le cédant de la valeur réelle des titres, sous peine d'engager sa responsabilité personnelle. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Jurisprudence

Cass. com., 17 janvier 2006, n° 05-10.167

« Il appartient au juge saisi d'une demande d'expertise de gestion de vérifier si les réponses fournies par le dirigeant aux questions écrites de l'actionnaire présentent un caractère satisfaisant. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Sanctions civiles et pénales encourues par le dirigeant

Texte de loi

Art. L225-42 C. com.

« Les conventions conclues sans autorisation préalable du conseil d'administration peuvent être annulées si elles ont eu des conséquences dommageables pour la société. L'action en nullité se prescrit par trois ans. »

Source : Code de commerce — article consolidé

Texte de loi

Art. L242-6, 3° C. com.

« Est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende le fait, pour les dirigeants de société anonyme, de faire de mauvaise foi des biens ou du crédit de la société un usage contraire à l'intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre entreprise dans laquelle ils sont intéressés. »

Source : Code de commerce — article consolidé

À éviter

Prescription de l'abus de biens sociaux

Le point de départ de la prescription de l'abus de biens sociaux court à compter de la présentation des comptes annuels faisant apparaître l'opération litigieuse, ce qui peut reporter considérablement le délai d'action en cas de dissimulation comptable.

Prévenir et gérer les situations de conflit d'intérêts

Bon à savoir

Formaliser chaque déclaration d'intérêt par écrit

Consignez toute déclaration d'intérêt dans le procès-verbal du conseil et conservez une trace écrite datée. Ce formalisme protège le dirigeant en cas de contestation ultérieure et sécurise la validité de la convention.

Bon à savoir

Recourir à l'expertise de gestion avant l'action judiciaire

L'expertise de gestion permet d'obtenir un rapport objectif sur les opérations suspectes sans engager immédiatement un contentieux coûteux. Elle constitue souvent un préalable stratégique décisif pour l'actionnaire minoritaire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un conflit d'intérêts pour un dirigeant de société commerciale ?

Un conflit d'intérêts survient lorsque le mandataire social possède un intérêt personnel, direct ou indirect, dans une opération conclue avec la société qu'il dirige. Cette situation compromet son impartialité et impose le respect de procédures spécifiques de contrôle prévues par le Code de commerce, variables selon la forme sociale.

Quelles sanctions encourt un dirigeant en situation de conflit d'intérêts non déclaré ?

Le dirigeant s'expose à la nullité de la convention conclue en violation des règles applicables, à une action en responsabilité civile pour le préjudice causé à la société, et à des poursuites pénales pour abus de biens sociaux passibles de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende. Sa révocation peut également être prononcée.

Comment un actionnaire minoritaire peut-il agir face à un conflit d'intérêts du dirigeant ?

L'actionnaire peut poser des questions écrites au dirigeant, demander une expertise de gestion judiciaire en application de l'article L225-231 du Code de commerce, exercer l'action sociale ut singuli au nom de la société pour engager la responsabilité du dirigeant, ou solliciter l'annulation de la convention litigieuse devant le tribunal de commerce.

Quelle est la différence entre une convention réglementée et une convention interdite ?

La convention réglementée est autorisée sous réserve d'une procédure de contrôle impliquant l'autorisation du conseil d'administration et l'approbation de l'assemblée générale. La convention interdite est frappée de nullité absolue et ne peut en aucun cas être conclue, même avec l'accord unanime des associés. Les emprunts et cautionnements au profit des dirigeants relèvent de cette catégorie.

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Avertissement : Cet article a une vocation informative. La législation droit commercial varie selon les circonstances de chaque situation. Nous vous recommandons de consulter un avocat spécialisé pour une analyse de votre situation.

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Thomas Gayon

Fondateur de DossierJuridique.fr. Passionné de LegalTech, il automatise la rédaction de documents juridiques pour les litiges droit commercial. Découvrir le parcours de Thomas Gayon →