Propriété intellectuelle

Contrefaçon de marque : quelles sanctions en droit français ?

La contrefaçon de marque constitue l'une des atteintes les plus fréquentes et les plus sévèrement réprimées aux droits de propriété intellectuelle. En droit français, le titulaire d'une marque enregistrée dispose d'un arsenal juridique complet pour faire cesser l'atteinte et obtenir réparation, tant sur le terrain pénal que civil. Les sanctions encourues sont considérables : peines d'emprisonnement, amendes de plusieurs centaines de milliers d'euros, dommages-intérêts, confiscation et destruction des produits incriminés. Le dispositif législatif, profondément remanié par la loi du 11 mars 2014 renforçant la lutte contre la contrefaçon puis par l'ordonnance du 13 novembre 2019 transposant le « paquet marques » européen, offre au titulaire des voies d'action d'une redoutable efficacité, parmi lesquelles la saisie-contrefaçon demeure l'arme procédurale de prédilection.

8 min de lecture Niveau intermediaire MAJ 2026-04-26 France · droit civil
TG
Auteur
Thomas Gayon
SL
Validé par
Me Sandy Lacroix, Avocate

En bref

La contrefaçon de marque expose à des sanctions pénales pouvant atteindre quatre ans de prison et 400 000 € d'amende, outre des dommages-intérêts civils substantiels. La saisie-contrefaçon constitue la voie probatoire privilégiée du titulaire.

Éléments constitutifs de la contrefaçon de marque

Texte de loi

Art. L. 713-2 et L. 713-3 C.P.I.

« L'article L. 713-2 du Code de la propriété intellectuelle prohibe la reproduction d'une marque pour des produits ou services identiques à ceux désignés dans l'enregistrement, sans autorisation du titulaire. L'article L. 713-3 interdit l'imitation d'une marque créant un risque de confusion pour des produits ou services similaires. »

Source : Code de la propriété intellectuelle — articles consolidés

Jurisprudence

Cass. crim., 30 juin 2009, n° 08-85.222

« La chambre criminelle a jugé que la reproduction d'une marque enregistrée sur des tableaux de concordance utilisés pour vendre des produits identiques à ceux couverts par l'enregistrement caractérise un risque de confusion portant atteinte aux fonctions de la marque, au sens de l'article L. 713-2 a) du Code de la propriété intellectuelle. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Les sanctions pénales : peines d'emprisonnement et amendes

Texte de loi

Art. L. 716-9 et s. C.P.I.

« Les articles L. 716-9 et suivants du Code de la propriété intellectuelle répriment pénalement la contrefaçon de marque et prévoient des peines d'emprisonnement et d'amende graduées selon la gravité des actes, complétées par des peines de confiscation, de fermeture d'établissement et d'interdiction professionnelle. »

Source : Code de la propriété intellectuelle — articles consolidés

À éviter

Le revendeur engage aussi sa responsabilité

Le simple revendeur de produits contrefaisants engage sa responsabilité civile même s'il ignorait la contrefaçon : seul l'élément matériel est exigé. Les professionnels ne peuvent invoquer leur ignorance de l'origine frauduleuse des marchandises pour échapper aux sanctions civiles.

📄

Besoin d'un dossier juridique ?

Générez votre dossier complet en 3 minutes — mise en demeure personnalisée, chronologie des faits, plan de relances, signée par Me Sandy Lacroix.

Générer mon dossier →

La réparation civile du préjudice de contrefaçon

Bon à savoir

Documenter le préjudice dès la découverte de la contrefaçon

Constituez sans délai un dossier probatoire complet : captures d'écran horodatées, constats d'huissier, achats de produits contrefaisants avec conservation des emballages et factures, études d'impact sur le chiffre d'affaires. Ces éléments sont déterminants pour évaluer le préjudice et obtenir une saisie-contrefaçon.

Saisie-contrefaçon, prescription et voies procédurales

Jurisprudence

Cass. com., 26 mars 2008, n° 05-19.782

« La Cour de cassation a jugé que lorsque la juridiction est saisie au fond, la requête en saisie-contrefaçon doit être présentée au président de la chambre à laquelle l'affaire a été distribuée ou au juge déjà saisi, en application de l'article 812, alinéa 3, du Code de procédure civile. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Jurisprudence

Cass. com., 19 novembre 2002, n° 00-10.190

« Le délai de forclusion de cinq ans relatif à l'action en nullité d'une marque arguée de contrefaçon et à l'action civile en contrefaçon, prévu aux articles L. 714-3 et L. 716-5 du Code de la propriété intellectuelle résultant de la loi du 4 janvier 1991, n'a commencé à courir qu'après l'entrée en vigueur de cette loi. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

À éviter

Caducité faute d'action au fond dans les vingt jours

Le titulaire ayant obtenu une ordonnance de saisie-contrefaçon doit engager l'action au fond dans un délai strict de vingt jours ouvrables après l'exécution de la mesure. Passé ce délai, l'ordonnance devient caduque et les éléments saisis sont inutilisables en justice.

Dimension européenne et cumul de protections intellectuelles

Jurisprudence

Cass. com., 10 juillet 2012, n° 11-13.924

« La recevabilité d'une action en contrefaçon de marque pour des faits antérieurs à l'assignation n'est pas subordonnée à l'obligation d'avoir préalablement engagé une procédure de nullité de la marque communautaire, dès lors que le règlement communautaire n'affecte pas le droit d'intenter des actions en violation de droits antérieurs. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Jurisprudence

Cass. crim., 23 janvier 2001, n° 00-80.562

« En vertu du principe de l'unicité de l'art, la reproduction d'un objet déposé comme modèle peut être sanctionnée à la fois comme contrefaçon de dessins et modèles et comme contrefaçon d'une œuvre de l'esprit, autorisant un cumul de qualifications pénales et de sanctions. »

Source : JUDILIBRE — Cour de cassation

Bon à savoir

Invoquer tous les fondements de propriété intellectuelle disponibles

Lorsque le produit contrefait bénéficie de plusieurs protections — marque, droit d'auteur, dessins et modèles —, fondez votre action sur l'ensemble de ces droits. Le cumul renforce l'évaluation du préjudice global et multiplie les sanctions potentielles devant le tribunal.

Questions fréquentes

Quelles sont les peines maximales encourues pour contrefaçon de marque en France ?

La contrefaçon de marque est punie de trois à quatre ans d'emprisonnement et de 300 000 à 400 000 euros d'amende selon la nature des actes. En bande organisée, les peines atteignent cinq ans d'emprisonnement et 500 000 euros d'amende. Pour les personnes morales, les amendes sont quintuplées.

Qu'est-ce que la saisie-contrefaçon en matière de marque et comment l'obtenir ?

La saisie-contrefaçon est une mesure probatoire ordonnée sur requête par le président du tribunal judiciaire, permettant à un huissier de constater les actes illicites et de saisir des preuves. L'action au fond doit être engagée dans les vingt jours ouvrables suivant l'exécution de la mesure.

Quel est le délai de prescription pour agir en contrefaçon de marque ?

L'action civile en contrefaçon de marque se prescrit par cinq ans à compter de la connaissance des faits par le titulaire. L'action pénale obéit au délai de droit commun des délits, soit six ans. La forclusion par tolérance peut également être opposée au titulaire resté inactif.

Peut-on cumuler protection par la marque et droit d'auteur contre un contrefacteur ?

Le droit français admet le cumul de protections en vertu du principe de l'unicité de l'art. Un même produit peut être protégé simultanément par la marque, le droit d'auteur et les dessins et modèles. Le titulaire peut invoquer ces fondements dans une même action pour renforcer ses demandes.

Engager une procédure près de chez vous

Tribunaux judiciaires et commissaires de justice dans les principales juridictions

Votre ville n'est pas listée ? Voir toutes les juridictions (100+ villes) →

Avertissement : Cet article a une vocation informative. La législation propriété intellectuelle varie selon les circonstances de chaque situation. Nous vous recommandons de consulter un avocat spécialisé pour une analyse de votre situation.

Vous êtes dans cette situation ?

Générez votre dossier complet en 3 minutes — mise en demeure, chronologie des faits, plan de relances, signée par Me Sandy Lacroix.

Générer mon dossier juridique

À partir de 14,99 € · paiement sécurisé · document prêt en quelques minutes

TG
Thomas Gayon

Fondateur de DossierJuridique.fr. Passionné de LegalTech, il automatise la rédaction de documents juridiques pour les litiges propriété intellectuelle. Découvrir le parcours de Thomas Gayon →